28 mars 2012

Découvrir Djerba

Par Enzo

L’île aux sables d’or, aux mille jardins, Djerba la douce: depuis la nuit des temps, ce coin de terre est affublé de qualificatifs enchanteurs. D’où une fascination à la fois africaine, méditerranéenne et mythologique.

Pour Homère, c’était la terre des Lotophages, qui n’avaient pour tout mets que le fruit du lotus, aux vertus magiques. Dont celle d’ôter toute envie de rentrer chez soi.

Plage Djerba

Aujourd’hui, certains Djerbiens rêvent de faire de leur île une petite Polynésie tunisienne et on se demande bien pourquoi. Cet endroit a son âme, sa population, souvent d’origine berbère, son charme propre, son climat. Elle n’a aucun besoin, aucune raison de forcer la nature par des artifices pour tenter de devenir ce qu’elle n’est pas.

Il vaut la peine de quitter un moment la zone côtière hautement touristique pour aller voir d’un peu plus près l’intérieur de Djerba, à la rencontre de l’homme pour lequel la célèbre «douceur de vivre» de l’île n’a sans doute pas exactement la même signification que pour le vacancier.

Djerba

Aller à la rencontre de l’homme qui laboure son champ, qui vend ses moutons au marché, qui s’ingénie à trouver et à récolter de l’eau, pour que les oliviers, les palmiers – ils se comptent par centaines de milliers – et les vergers puissent boire. L’eau est un problème ici: il ne pleut presque pas, la nappe phréatique est presque inexistante et les besoins dans le secteur touristique augmentent sans cesse. Pour remédier à cela, on en importe du continent par pipeline.

Aller à la rencontre de l’homme qui construit ses citernes et sa maison (appelée menzel), si particulière en forme de forteresse, blanche, comme pratiquement toutes les constructions, mosquées comprises. A remarquer que certaines de ces dernières sont aussi des lieux fortifiés.

Aller à la rencontre de la femme également qui, elle, outre les travaux domestiques et de gardiennage des chèvres et des moutons, «travaille de ses dix doigts» et noue des tapis avec une dextérité inouïe pour quelques francs par jour. Il est rare, en revanche, de la voir exécuter de la poterie, une des spécialités de l’île demeurée en mains masculines.

Et puis, pourquoi ne pas pousser la curiosité un peu plus loin et passer sur le continent? En prenant par exemple la «chaussée romaine» pour aller dans la région de Zarzis et admirer les gigantesques plantations d’oliviers, alignés au cordeau sur une terre où la couleur ocre varie à l’infini.

Ensuite, cap en direction des collines et des villages berbères fortifiés (les ksours), où les habitants vivent en troglodytes et dont les greniers à grains (les ghorfas), également utilisés pour y vivre, peuvent avoir jusqu’à six ou huit étages.

Ces constructions sont si habilement creusées dans la roche qu’il faut être à proximité immédiate pour les distinguer. C’est entre autres le cas de Chenini, véritablement incrusté dans la montagne, qui ne se laisse distinguer du paysage pierreux, au demeurant de toute beauté, que par la blancheur éclatante de sa mosquée.

Autre excursion à faire depuis Djerba: prendre le ferry et se rendre à Matmata, en passant par Gabès, dont la splendide oasis mérite une visite. A Matmata, les habitants vivent eux aussi en troglodytes, mais dans des trous. Le fond devient une sorte de patio, auquel on accède par un tunnel.

Le sud tunisien

Creusés dans le sol, ces trous ont une dizaine de mètres de diamètre et six de profondeur. Les pièces abritant la famille, les bêtes, les entrepôts et les ateliers ont été aménagées dans la terre, tout autour de la paroi circulaire. Elles sont naturellement fraîches en été et tempérées en hiver.

Avant de regagner l’île des Lotophages de l’Odyssée, il faut jeter un coup d’oeil attentif sur le décor, grandiose, presque lunaire, de Matmata. Sans le vouloir, vous aurez fait un grand saut dans le temps: c’est ici que furent tournées quelques séquences de La Guerre des étoiles.

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